Michiel Ceulers

Si nous pouvons définir le camp comme une réévaluation des déchets d’une culture marquée par l’excès, le risque, l’honnêteté flagrante et le glamour des poubelles, alors nous sommes sur la bonne voie pour éclairer certains aspects du travail de Michiel Ceulers (°1986)
L’artiste belge (né en 1986 à Waregem), formé à l’Académie de Gand (KASK) et à la Rijksakademie d’Amsterdam, se laisse aller au plaisir d’explorer librement les myriades de possibilités qui résident dans les traditions de la peinture et parfois celles de la sculpture. Sans contrainte, semble-t-il, mais aussi avec précaution. Désordonné, avec des éléments gluants et même parfois trash. Définitivement antithétique, comme la peinture intitulée Internationale Gemeinschaft für gegenseitige Hilfe (2017 - 2020) ou la sculpture intitulée Bereits Katzen werden an die Spitze getrieben / Silvio Gessel in Front of the Money Dressed as a Dut… (2020). Mais il y a aussi du jaune vif. Et il y a les paillettes : le chatoiement, la délectation, voire le décoratif frivole et sale comme dans l’œuvre Le retour de la mère morte avec de nouveaux problèmes (2020). (…)
Ceulers travaille sur l’histoire et la contemporanéité de la peinture et de l’art en général. Ce n’est pas un fardeau auquel il faut succomber, comme Kippenberger d’ailleurs, qui pensait que la seule option qui restait à l’art était de parler de ce qui existait déjà plutôt que d’inventer de nouveaux idiomes artistiques, de nouveaux styles, etc. Kippenberger - et selon lui tout artiste - était coincé dans un état d’existence postmoderne « Uber das Uber » sans fin. Ceulers, quant à lui, se délecte des références. Il n’est pas surprenant qu’il mentionne Martin Kippenberger, Walter Swennen, Sigmar Polke, Dieter Roth. Il admire le travail de Roger Raveel. Il apprécie que Roth verse du « coca et du sucre sur certains dessins » ou qu’il « laisse pourrir son salami ». Il aime le jeu avec l’alchimie et l’humour de Polke. Il aime Dada, Rauschenberg, l’art de l’assemblage, Michael Krebber, Albert Oehlen, Christopher Wool, Wade Guyton, Gerard Richter, Raoul De Keyser, les jeux de mots de Marcel Broodthaers, Noam Rappaport, etc. Aucune position artistique n’est monolithique et singulière. Il n’y a que des nuances, des connexions, des tensions, des chevauchements, des divergences, des dialogues, des travestissements, des commentaires, des jeux de mots, des relations… Dans Denkmall / no punn intended (2018), Ceulers reprend l’esthétique raffinée des populaires sculptures Denkmal de Jan De Cock. Tout comme l’œuvre de De Cock, Ceulers a réalisé une sculpture qui peut être utilisée par le public. L’aspect négligé de l’œuvre de Ceulers contraste toutefois fortement avec l’esthétisme sobre de l’œuvre de De Cock. Schlechte Ubersetzungen sind preiswerter (2009) est le titre d’une autre œuvre. La perfection, semble suggérer Ceulers, est un phantasme. Son monde est celui de l’imparfait, de l’endommagé ou du jeté.
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