Jamel Barbach

° 1989
Vit et travaille à Liège

“Depuis ma sortie de l’Académie des Beaux Arts de Liège en 2015, mon travail est en perpétuelle évolution. La base de ma réflexion était que «tout est prétexte à la peinture», le sujet n’avait que peu d’importance. C’est la peinture qui était au centre de mon travail, le sujet, lui, n’était qu’un prétexte pour que ma peinture existe, pour que j’existe.

Nous sommes en Avril 2022 quand j’écris ces quelques lignes, le ciel est gris, comme depuis des mois maintenant, l’absence de lumière et de couleurs se fait ressentir. Cela explique certainement ce besoin d’en utiliser autant dans mes peintures. La contradiction et l’humour font partie intégrante de mon travail. Rien n’est plus puissant à mes yeux que d’associer et de juxtaposer des éléments qui s’opposent, créant une multitude d’ouvertures possibles à la lecture de l’œuvre.
Mon «voyeurisme» qu’on pourrait qualifier de «voyeurisme coquin» avec ce rose prédominant, est illustré par ma série sur les intérieurs de maisons. C’est comme si je regardais chez quelqu’un sans y avoir été invité, sans que l’on ne m’ait rien demandé. Les intérieurs sont toujours déserts, dépeuplés mais j’y ajoute des objets ou images de ma collection personnelle afin de m’approprier les lieux pour que ça devienne chez moi, le temps d’une peinture.

Depuis peu, je m’amuse beaucoup à «sortir des objets» de l’image. Le schéma classique et logique est de regarder un objet réel, un paysage, ou une nature morte puis de le peindre. Mais le schéma inverse est tellement plus jouissif. Créer une composition imaginaire et puis «sortir un objet» de cette image inverse le processus de création académique. L’objet sorti de l’image entretient un lien avec la peinture, mais plus comme si il était à son service, mais plutôt comme son égal. Dans le livre «L’œuvre ouverte» de Umberto Eco, un passage m’a beaucoup parlé:

Approfondir un problème n’est pas le résoudre: on a voulu
simplement établir une sorte de répertoire de questions
auxquelles seule une recherche collective et interdisciplinaire
sera peut-être en état d’apporter une réponse.

Ce passage résume bien ma réflexion personnelle et mon besoin de travailler en série. Le «problème» est le sujet et le travail en série la multitude de réponses possibles à mon échelle. Le travail que je développe lors de ma résidence au Ravi est basé sur cette thématique et résume ma pensée sur le travail en série. Le sujet est «le Vase», enrichi de différentes manières: par des représentations de l’Empire Ming, en passant par des images de soirée branchées, ou encore du tennis (sport que je ne pratique pas du tout)… Cela donne une multitude de manières de lire l’œuvre. Le degré de lecture sera différent pour chaque personne en fonction de son histoire personnelle, de son vécu, de son niveau de connaissances ou de culture. Libre à vous de prendre mes peintures au premier ou au second degré.”

jmbarbach.com

Sans titre

Sans titre